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LES ENTREPRISES FER DE LANCE DU TRUMPISME...

mardi 28 novembre 2017 Etudiants Prépa HEC

LES ENTREPRISES FER DE LANCE DU TRUMPISME

Donald Trump, élu président des Etats-Unis dans un scrutin choc, entendait mener le changement au pas de charge, durant ses 100 premiers jours. Le milliardaire de 70 ans, grand pourfendeur d’un « système complètement truqué », a promis de “make America great again” (« rendre à l’Amérique sa grandeur »), avec deux idées fortes : revitaliser l’économie et protéger les Américains.
Le vote Trump s’est fait en grande partie sur l’idée que le reste du monde était responsable de la situation dégradée des Etats-Unis. Il faut s’attendre donc à la mise en œuvre d’une stratégie centrée principalement sur l’Amérique. Economiquement, cela se traduira par la remise en cause des traités dans lesquels les Etats-Unis sont parties prenantes (TPP, renégociation Alena ...). La capacité à mettre en œuvre les règles souhaitées par les Etats-Unis sans contrepartie est mise à l’épreuve (ex : accords de la COP21).
Avec une réduction des engagements politiques envers le reste du monde qui serait synonyme d’une baisse de coûts pour le pays qui “protège le monde occidental entier”, une certaine instabilité nait, partout dans le monde où les Etats-Unis sont actifs. La conséquence de tout cela est un risque de choc fort et persistant sur le commerce mondial. Le risque de récession global est loin d’être nul.
Sur le plan interne, les baisses d’impôts promises sont mises en œuvre, se traduisant par une hausse significative des importations. L’objectif est de doper le revenu des Américains et d’améliorer leurs dépenses. Cependant les Etats-Unis dépendent pour une bonne partie du secteur manufacturier des approvisionnements en provenance du reste du monde. Le pays va donc devoir composer entre contraintes et avantages. Les importations vont augmenter pour satisfaire la demande interne, alors que le commerce mondial subira un choc important et que les importations seront davantage taxées. Cette contradiction accentue le risque de récession en accentuant les dynamiques incompatibles entre ce qui est souhaité en interne et le choc provoqué sur la dynamique globale.
Le monde des affaires et les entreprises qui ont permis de crédibiliser le candidat aux présidentielles ont-elles impulsé Trump dans sa logique de remettre l’économie américaine sur pied ou lui ont-elles progressivement tourné le dos au vu des mesures mises en place ?

I. LA RECETTE DE LA RÉUSSITE. PETIT HISTORIQUE ENTRE TRUMP ET LES ENTREPRISES

1. Une richesse importante grâce aux entreprises

Influencé par son père qui était gérant d’une société de promotion immobilière, Donald Trump a construit la majorité de sa fortune dans le secteur immobilier. Petit à petit il met en place son propre business en investissant massivement dans les logements destinés à la location dans le quartier de Manhattan. Il a ainsi construit de nombreux bâtiments prestigieux dont la plupart portent son nom comme la Trump Tower ou le « Trump Taj Mahal » qui est un casino de 130 mètres de haut à Atlantic City, dans le New Jersey.
D. Trump a également énormément investi dans le domaine du divertissement. Il est propriétaire depuis 1996 de l’organisation du concours de beauté « Miss Univers ». Producteur et animateur de « The Celebrity Apprentice », une émission de téléréalité diffusée sur NBC depuis 2004, le milliardaire a vu naître en l’espace de trente ans, sa bouteille de vodka, son parfum, sa compagnie aérienne, sa marque de steaks hachés, un jeu de société, de l’eau... Trump est partout, investissant, créant des entreprises porteuses, pour toujours consolider sa puissance et sa richesse. “The Donald” a gagné, hors revenu du capital, loyers et royalties, la somme de 362 millions de dollars en 2014, dont 27 millions tirés de la vente d’actions. Il a affirmé tirer sa richesse de 515 fonctions et 168 sources de revenus différentes qui s’ajoutent à 23 biens immobiliers, chacun estimé à environ 50 millions de dollars. Des chiffres impressionnants et un succès en affaires qui s’est imposé comme son principal argument électoral.

2. Un électorat qui a confiance en sa réussite

Les Américains sont impressionnés par ce côté “génie des affaires” comme l’explique la politologue Marie-Cécile Naves (auteure de « Trump : l’onde de choc populiste »). Il a pu échouer mais il a toujours su rebondir et c’est ce qui est bien vu aux États-Unis. En effet la majorité des américains sont croyants et pour eux, réussir par soi-même est le signe d’une approbation de Dieu (ce qui a d’ailleurs été confirmée par plusieurs conseillers évangélistes et prêtres) . Cela explique pourquoi dans ce pays, l’argent n’est pas un sujet tabou mais plutôt quelque chose d’exposé aux yeux de tous.
D. Trump, un entrepreneur ambitieux et qui réussit, est donc vu par certains comme celui qui pourrait faire fonctionner l’Amérique aussi bien que ses entreprises.
De plus, il a réussi à trancher avec le sérieux des autres candidats en mêlant dans sa campagne le showman télévisé et le personnage politique. Il a promis de relever l’Amérique “Make America great again” en privilégiant la classe moyenne blanche “délaissée”. Ainsi il est écouté et aimé par une partie de l’Amérique déçue, et surtout sublimé par une fortune sans limite

3. Donald Trump privilégie les entreprises

« Trump Tax Plan » est un programme de réformes fiscales qui sont censées donner une impulsion à l’économie américaine, tant au niveau des ménages que des entreprises. La mesure la plus spectaculaire est la baisse du taux d’imposition des entreprises qui passe de 35 % à 15 %. Selon lui, cela permettra aux entreprises d’investir dans les équipements et dans du personnel donnant un coup de fouet à leur dynamisme. Une priorité de la nouvelle administration est d’aider les entrepreneurs américains à faire face à la concurrence étrangère taxant les importations.
On peut voir, depuis l’élection de D. Trump, que certaines entreprises se portent mieux, lui permettant ainsi de prouver sa bonne gestion en asseyant son pouvoir. En effet dès l’annonce de sa victoire, le 9 novembre 2016, à New York, le Dow Jones a connu des petits mieux suffisants pour lui faire atteindre un record historique à plus de 18.700 points. A Paris, le Cac 40 a terminé en hausse de 1,49 %. De plus, après de nombreuses louanges, on sait que D. Trump respecte beaucoup l’armée et les vétérans. La hausse prévisible des dépenses militaires va profiter aux grands groupes d’armement comme Lockheed Martin (jets de combat F-35, blindés) qui a gagné 6% à la bourse de New York, Northrop Grumman (drones, missiles) 5,4 % et Raytheon (technologies militaires) 7,4 %.
On sait également que Donald Trump ne s’inquiète pas du réchauffement climatique et affectionne tout particulièrement les énergies fossiles comme le charbon. Robert Murray, le patron de la compagnie minière Murray Energy, a qualifié son élection de « grand jour pour l’Amérique ». Le cours de ses obligations d’entreprise ont terminé la journée au plus haut depuis 16 mois. L’action de Peabody Energy, également producteur de charbon, a gagné près de 50 %.
Le Président veut également lâcher la bride aux compagnies d’exploration pétrolière et gazière sur les normes environnementales. Les hausses du secteur sont plus prudentes (Anadarko Petroleum à +2,4 %, Continental Resources à +3,5 %). Le lobby du secteur est heureux de travailler avec “un gouvernement fédéral qui n’est pas tenu par un lobby environnemental qui ignore la classe ouvrière”, a déclaré la Western Energy Alliance le 9 novembre. A l’instar de John Harris, propriétaire du groupe agroalimentaire Harris Farms qui emploie 2 000 personnes qui se félicite de voir D. Trump revenir sur les réglementations environnementales de B. Obama, sources d’obstacles pour irriguer ses champs. Pfizer se porte également bien : Hillary Clinton ayant promis de réguler les prix du marché des médicaments, le groupe pharmaceutique est davantage à son aise. Cela s’est vu en bourse avec une belle hausse de 7 % rien qu’à la fin de la journée de l’annonce des résultats. Ainsi la politique de D. Trump aide des entreprises dans des secteurs clés, lui permettant en retour d’asseoir son pouvoir.
En soutien à Whirlpool, l’industrie domestique de machines à laver, Donald Trump accuse Samsung et LG de dumping. Afin d’éviter les droits de douane, ces entreprises ont adopté la stratégie suivante : changer sans cesse la localisation de leurs productions. Prêtant main forte à Whirlpool, le Président a ainsi imposé le 22 janvier 2018 des tarifs douaniers élevés sur des machines à laver. Un tarif de 20 % sera imposé sur les premières 1,2 million unités importées, le taux passant à 50 % une fois ce seuil dépassé. Néanmoins le secteur des énergies renouvelables a également été touché, et ce défavorablement. Le tarif sera de 30 % pendant trois ans puis de 15 % la quatrième année. Le patron de Whirlpool, salue « une victoire pour les travailleurs américains et aussi les consommateurs » tandis que la Corée du Sud, la Chine et le Mexique ont aussitôt dénoncé l’imposition de ces tarifs, estimant qu’ils portaient atteinte au commerce mondial des produits visés.

II. DES ENTREPRISES ET UNE POPULATION QUI SE DESOLIDARISENT DE D. TRUMP

1. Les entreprises contre D. Trump ?

Les entreprises de la Silicon Valley sont très critiques vis-à-vis de la politique de D.Trump, notamment sur les question d’immigration. Ces entreprises avaient unanimement condamné les restrictions décrétées par le Président. Selon elles les entreprises du numérique ont besoin de pouvoir embaucher les meilleurs talents d’où qu’ils viennent. Parmi les plus véhéments, le PDG de Microsoft, Satya Nadella, a affirmé que les Etats-Unis devaient maintenir une “politique d’immigration éclairée”, ajoutant que lui-même, originaire d’Inde, était le bénéficiaire d’une telle politique.
Tim Cook, le dirigeant d’Apple, a également exhorté le président à s’impliquer davantage dans le débat, rappelant que certains employés de la Silicon Valley s’étaient dit visés par les mesures prises en matière d’immigration. Il a aussi mentionné le programme DACA, mis en oeuvre sous la présidence de Barack Obama, et qui permet aux enfants amenés aux Etats-Unis illégalement de rester dans le pays. Un programme que Donald Trump avait promis de fermer durant la campagne. Ainsi de nombreux poids lourds de l’économie ont dénoncé pêle-mêle l’annonce de la sortie américaine de l’accord de Paris sur le climat, l’interdiction d’entrée sur le territoire de ressortissants de pays musulmans et la suppression de DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals).
Après son refus de condamner explicitement les groupes suprémacistes blancs, auteurs en août de violences raciales à Charlottesville (Virginie), plusieurs chefs d’entreprise ont quitté les Conseils économiques créés par la Maison-Blanche, entraînant la suppression de deux d’entre eux. Et ils n’ont pas mâché leurs mots dans la presse, sur le réseau social Twitter ou dans des lettres ouvertes. Les critiques viennent aussi bien des géants des nouvelles technologies, inquiets des restrictions migratoires pour leurs recrutements, que des secteurs réputés proches des républicains, comme l’industrie pharmaceutique, pétrolière et la grande distribution, soucieux de protéger leur image et leurs débouchés économiques.
Les dirigeants de Ford, le constructeur automobile qui avait renoncé à une usine au Mexique suite à un tweet du Président, dénoncent une mesure qui « va à l’encontre des valeurs de l’entreprise ». Plusieurs banques s’inquiètent pour la marche de leurs affaires. « Il y a un risque de perturbation pour l’entreprise, surtout pour certains de nos employés et leurs familles », a estimé Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman Sachs. Le geste le plus commenté, notamment par le Président lui-même , fut la décision des magasins Nordstrom de cesser la vente des produits de sa fille Ivanka, début février. L’enseigne avait été mise sur la liste noire de Grab Your Wallet (servez-vous de votre portefeuille), une campagne lancée par la fondatrice d’une agence de publicité à San Francisco pour organiser des boycotts de compagnies soutenant la famille Trump.

2. Un exemple : Carrier

Les entreprises qui quittent les Etats-Unis, pour produire moins cher ailleurs, en subiront les « conséquences », a menacé D. Trump. C’est le cas de l’entreprise de climatiseurs Carrier qui souhaitait se délocaliser causant 2.000 suppressions d’emplois. Le milliardaire s’est vanté dans le détail, de la manière dont au cours d’une conversation téléphonique, il avait forcé Gregory Hayes, PDG du conglomérat United Technologies Corporation (UTC) à préserver l’emploi et la production de cette usine de l’Indiana. D. Trump affirme avoir non seulement empêché sa délocalisation au Mexique, mais également sauvé plus de 1.000 emplois dans cette usine. Il a fait de cette usine Carrier, qui fabrique des climatiseurs, l’incarnation de sa promesse électorale de maintenir et même de faire revenir aux Etats-Unis des emplois manufacturiers, qui ont été délocalisés par millions au Mexique, en Chine ou ailleurs ces dernières décennies. C’est l’un des arguments qui lui a permis de remporter la présidentielle en gagnant dans des Etats industriels sinistrés, qui votaient traditionnellement démocrate. Il a manié la carotte - une promesse réitérée de baisse de la fiscalité et un démantèlement des régulations - et le bâton : les entreprises « peuvent quitter un Etat (fédéré) pour un autre Etat (fédéré) et négocier des accords avec différents Etats, mais quitter le pays va être très très difficile ».
Fortune, le magazine financier américain, explique comment s’est déroulée la négociation entre Gregory Hayes et le Président Trump. Alors que Hayes expliquait que la fermeture de l’usine de l’Indiana et sa délocalisation au Mexique permettait d’économiser 65 millions de dollars par an, le Président a répliqué que ces économies pourraient être remplacées par des réductions de l’impôt sur les sociétés (par ailleurs, durant sa campagne, on se rappelle que D. Trump a menacé de taxer fortement les importations en provenance du Mexique). A la fin de la conversation, raconte Fortune, UTC était d’accord pour garder 800 emplois d’ouvriers en Indiana ainsi que 300 emplois d’ingénieurs et de cadres au siège. En échange, l’entreprise sera dispensée de payer quelque 700.000 dollars de taxes locales pendant plusieurs années. Cependant, 1.300 emplois seront tout de même délocalisés au Mexique. Il y a donc des différences entre ce qui est dit et ce qui est réellement fait. Donald Trump a promis de créer un environnement favorable aux entreprises en réduisant les impôts et les normes réglementaires : « Il n’y a plus aucune raison que vous partiez. »

3. Les populations contre Donald Trump ?

Une partie de l’Amérique catastrophée par son élection tente d’organiser la contestation. Ainsi on voit que la stratégie de se baser sur son succès dans l’entreprenariat n’a pas fonctionné. Responsables politiques, militants associatifs, artistes ou simples citoyens : partout aux Etats-Unis, des voix s’élèvent et s’opposent au président et des manifestations anti-Trump ont lieu. A New York, Los Angeles, Chicago, Las Vegas ou Indianapolis, des dizaines de milliers de personnes ont défilé aux cris de « not my President » (« pas mon Président »). Beaucoup ressentent le besoin de partager leur désolation, donnant parfois à ces rassemblements des allures de thérapie de groupe. Par exemple à l’initiative d’un artiste local, des milliers de personnes se sont exprimées en quelques mots sur des post-it multicolores collés dans un couloir du métro new-yorkais. David Shichman, employé dans une association d’aide à l’enfance est horrifié par la personnalité de Donald Trump. « Il ne se soucie pas des pauvres, des minorités, des droits des homosexuels ou des immigrés. Il ne se soucie de personne. Et ça ne s’apprend pas à 70 ans. » Sur Twitter, Donald Trump a joué l’apaisement, promettant de « rassembler » et de faire de sa présidence « une période formidable dans la vie de tous les Américains ». Mais après une campagne de stigmatisation - des immigrés, des musulmans, des femmes -, beaucoup redoutent un scénario différent.

La résistance n’est pas seulement citoyenne. Jeudi, le maire démocrate de New York a promis de « s’opposer » à toute action prise par D. Trump qui serait perçue comme une « menace pour les New-yorkais ». Il s’engage notamment à combattre toute tentative du Président d’expulser les clandestins vivant à New York. Enfin, pour beaucoup, la résistance nécessite la construction d’un mouvement capable de proposer une alternative politique aux électeurs séduits par son message. L’élection de D. Trump a visiblement créé un appel d’air : les adhésions à DSA (Democratic Socialists of America) ont augmenté de 15 % dans les quatre jours suivant sa victoire.
Suite à la fusillade du lycée de Parkland, en Floride, le Président Trump a été lourdement visé par les manifestations étudiantes. Emma Gonzalez, dans son discours lors d’un rassemblement contre les armes à Fort Lauderdale 4 jours après la tuerie à laquelle elle a assisté, s’est directement adressée au Président. En réponse au traditionnel appel aux “prières et pensées” pour les victimes, l’étudiante dénonce un système corrompu par le puissant lobby des armes américain, la NRA. En effet, pendant sa campagne, le Président avait reçu 30 millions de dollars de la part de celui-ci… et ce n’est pas le seul. Selon LBC, lors de la campagne électorale 2016, les candidats Républicains ont reçu au moins 17,385,437 $ de la NRA. Resté silencieux face aux nombreuses accusations, Donald Trump insistait sur l’équilibre mental du tireur, déplaçant quelque peu le problème principal. « On ne peut pas acheter une arme de poing avant 21 ans, mais on peut acheter une arme comme celle utilisée à Parkland à 18 ans. Je pense qu’il y a quelque chose à faire », a-t-il néanmoins concédé. C’est une prise de position qu’il va falloir revoir car les populations exaspérées multiplient les manifestations, les étudiants du pays entier étant appelés à quitter leur établissement scolaire à partir du 14 mars, exactement un mois après le massacre. Les vidéos montrant la destruction d’armes par leurs propriétaires prolifèrent et l’indignation est à son comble tandis que la solution avancée par le Président est d’armer les professeurs... La NRA est depuis boycottée par de grandes entreprises et des enseignes de supermarchés, comme Walmart, qui ont décidé de relever l’âge légal pour acheter des armes. Il y a donc un réel réveil des populations contre un système acheté par la NRA (profitant des tueries de masse car attisant la peur d’un écho ou d’une interdiction d’armes), mettant à mal la connivence du Président avec le fameux lobby des armes.

Tentons de conclure. Les prévisions étaient favorables à D. Trump lors de sa campagne : qui pouvait mieux diriger les Etats-Unis qu’un business man ayant adopté “America first” comme slogan ? Néanmoins l’impopularité de ce dernier a gagné les milieux des affaires américaines par le biais de plusieurs facteurs. La plupart des grandes entreprises américaines est attentive à l’expression de leurs actionnaires, de leurs clients et de leur salariés (bilans sociaux et environnementaux de leurs activités), au rapport qualité-prix (intérêt pour le contenu qualitatif croissant). Le personnel recherche la qualité des actions sociales, culturelles ou caritatives (les bonus alloués aux cadres de l’entreprises prennent en compte la réalisation des objectifs financiers, sociaux et environnementaux). Dans ces conditions, quand le Président américain annonce au monde entier qu’il va sortir l‘Amérique de la contrainte environnementale sous le prétexte que ça gène l’industrie américaine, il se trompe et les chefs d’entreprise ne peuvent pas l’accepter. Mais comme nous l’avons vu, les dégâts collatéraux d’une telle décision vont au delà d’un contre-effet marketing.

Le monde des affaires américain est devenu global : il travaille pour et dans le monde entier. Une position très souverainiste serait donc absurde et isolerait l’Amérique (qui craint les mesures protectionnistes et qui aura comme écho dans le monde la mise en place de taxes à l’importation des produits américains pour compenser le coût de leur empreinte carbone). Passons sur la détérioration de l’image de l’Amérique dans le monde entier. L’Amérique était forte, parce qu’elle était le pays de la modernité.

Les banquiers de Wall Street ont été sans trop le dire des soutiens de poids de D. Trump. D’une part, parce que le parti républicain est puissant à New-York, mais d’autre part parce que l’industrie financière a cru que D. Trump provoquerait un choc fiscal pour relancer l’économie. Néanmoins il n’a pas eu lieu. Les syndicats ayant partagé ses ambitions ont donc rejoint les chefs d’entreprise pour regretter la position du Président. Pour eux, c’est un très mauvais signe qui peut condamner ou freiner les investissements sur la transition énergétique. Or, aux Etats-Unis comme dans beaucoup de pays développés, la certitude est acquise que la transition énergétique va offrir des gisements d’emplois nouveaux considérables pendant tout le 21e siècle. La révolution digitale d’un côté et la mutation liée à la protection de l’environnement sont les clefs de l’activité, des investissements, de la recherche, et par conséquent de la croissance et des emplois.

Cette fracture infranationale va donc se manifester par la décision de certains Etats américains comme la Californie, des villes américaines à l’instar de New-York, et beaucoup d’entreprises, d’adhérer et de respecter les objectifs de la COP21. Alors même que la Maison Blanche leur aura tourné le dos. Quoiqu’il en soit, dans l’histoire américaine, jamais on n’aura vu un Président se mettre à dos, aussi vite, une grande partie du business US.

CHAFIER Léna et LUTHI Florence, Prépa HEC, Printemps 2018

Bibliographie
Causeur.fr - article du 24/01/18
Liberation.fr - article du 26/11/16
LesEchos.fr - article du 1/06/17
LaCroix - article du 20/02/17 ; article du 30/10/17
Huffingtonpost - article du 10/11/16
Le monde - article du 9/11/16
Le temps - article du 31/01/17
BFM Business - article du 23/07/15
Le Figaro - article du 23/02/16
Francetvinfo - article du 02/03/18

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