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L’ALLEMAGNE ET SES FRAGILITÉS. UN ÉCLAIRAGE PAR LE CAS DE L’AGRICULTURE. Thierry POUCH

mercredi 29 mai 2024 Thierry POUCH

Suite aux différents chocs mondiaux, depuis de nombreux mois, est évoquée la triple crise du modèle allemand (énergétique, industriel et militaire). On oublie pourtant la dimension AGRICOLE des vulnérabilités de ce pays. Dans ce bel article, Thierry Pouch (1) inscrit l’agriculture allemande dans une vision systémique et politique, ce qui rend d’autant plus difficile les orientations à prendre en matière de politique économique. A ne pas manquer !

(1) Chef du Service études économiques et prospective à Chambres d’agriculture France, chercheur associé au Laboratoire REGARDS de l’Université de Reims Champagne Ardenne, et membre de l’Académie d’Agriculture de France.

L’ALLEMAGNE ET SES FRAGILITÉS. UN ÉCLAIRAGE PAR LE CAS DE L’AGRICULTURE

L’évocation de l’Allemagne conduit souvent à mettre en avant ce qui, historiquement, la caractérise, c’est-à-dire sa puissance industrielle. Les performances accomplies dans ce registre ont parfois amené la France à ressentir un certain complexe, du fait notamment de leur traduction dans le colossal excédent commercial de la République Fédérale Allemande, alors que l’industrie française affiche plutôt des déficits. Par ailleurs, il a été démontré que l’économie allemande s’est renforcée avec la réunification. Il y a également ce récurrent propos tenu à l’endroit de Berlin, selon lequel, eux, en Allemagne, ils sont en mesure de procéder à des réformes d’envergure sans engendre, comme de ce côté-ci du Rhin, des vagues de grèves. Que dire aussi de l’image d’une Allemagne financièrement rigoureuse, tandis que la France est perçue comme dépensière, à en juger par ses déficits et son endettement publics.

Il convient de surmonter ces propos qui essentialisent les nations, et de revenir à des considérations plus objectivantes. Car l’Allemagne, aussi puissante soit-elle sur le plan de l’industrie ou de ses finances publiques, est en réalité une puissance contrariée. Elle est même perçue aujourd’hui comme « l’homme malade de l’Europe », ainsi que l’avait qualifié en 1999 l’hebdomadaire anglais The Economist. Serait-ce de nouveau le cas aujourd’hui, et cela depuis quelques années d’ailleurs ? Le suivi précis de certains indicateurs, tant politiques qu’économiques, suggèrent en effet de le penser. D’une certaine manière, ne serait-il pas plus approprié de parler de « changement d’époque » (Zeitenwende) plutôt que « d’homme malade ». Bien qu’il ait été amorcé sous l’ère Merkel, ce changement d’époque se poursuit depuis que son successeur, Olaf Scholz, dirige ce qu’il faut bien appeler une instable coalition gouvernementale, surtout depuis le début de la guerre en Ukraine.

Cet article traite de la fragilité de l’Allemagne. Il faudrait en réalité plutôt parler de fragilités au pluriel. Si, dans un premier temps on revient sur les fragilités politico-économiques, on insistera davantage, dans la dernière partie, sur la vulnérabilité du secteur agricole allemand, qui, sur la période récente, explique en partie la colère récente des agriculteurs d’Outre-Rhin. Entre les deux, on rappellera que l’époque actuelle marque la fin de la mondialisation heureuse pour l’Allemagne.

Une coalition discréditée sur fond d’incertitudes économiques

L’issue du scrutin législatif du 26 septembre 2021 avait placé en tête la coalition réunissant le SPD (Parti social-démocrate), les Verts et le Parti libéral-démocrate (FDP). Une coalition qui avait obtenu 52% des suffrages, et offrait ainsi à Olaf Scholz la possibilité de succéder à Angela Merkel. A l’automne 2023, soit un peu plus de deux ans après l’élection, les intentions de vote en faveur de la coalition au pouvoir étaient redescendues à 34% (perspective de la prochaine élection fédérale de 2025. Ces projections sont en phase avec l’issue des scrutins régionaux successifs récents, qui ont vu la coalition régresser, au profit en particulier du Parti Alternative für Deutschland (AfD), qui non seulement progresse dans les élections locales (en Thuringe notamment), mais qui culmine à 22% des intentions de vote, contre 10,3% en 2021. Un Parti qui entend affirmer son empreinte politique lors des élections fédérales de 2025, au point d’être en mesure d’influencer la formation de la prochaine coalition gouvernementale [1]. La récente création d’un nouveau Parti, le Bündnis Sahra Wagenknecht (BSW), pourrait contribuer à complexifier les modalités de la formation de la prochaine coalition. Il en découle que l’Allemagne évolue vers un système de Partis politiques élargi, mais qui se présente comme fragmenté. L’ambition de modifier le mode de scrutin, induisant ipso facto une diminution du nombre de députés au Bundestag (de 736 aujourd’hui à 598 lors de la prochaine législature), pourrait de surcroît participer de cette difficulté à réunir une coalition pour gouverner.

Justement, gouverner, c’est notamment décider des orientations à prendre en matière de politique économique. Or, l’économie allemande traverse une phase difficile, du fait d’une récession, certes faible, mais qui s’est installée depuis la fin de l’année 2022. C’est un autre aspect de cette idée selon laquelle l’Allemagne serait de nouveau « l’homme malade de l’Europe ». On peut en juger par la croissance du PIB, qui a été, durant le deuxième semestre 2023, négative. Une légère reprise est observée (+0,2%, contre – 0,5% au dernier trimestre de 2023, source Eurostat) au premier trimestre 2024. C’est une source de préoccupation pour la coalition dirigée par Olaf Scholz, et qui a participé du mécontentement de la population. L’économie allemande tire sa force de la puissance de son industrie et de son commerce extérieur. L’industrie allemande représente 22% du PIB (15% pour le reste de l’UE, et 10% pour la France), témoignant de la volonté de préserver ce secteur décisif pour le pays. Sur le plan du commerce extérieur, les exportations (44% du PIB, troisième puissance exportatrice mondiale avec 7% des exportations totales), indiquent que l’économie allemande est très ouverte sur l’extérieur. Sur la période 2014-2019, l’excédent commercial s’est élevé en moyenne à quelque 220 milliards d’€, avant de se replier en 2020 à 180, et de s’effondrer en 2022 à seulement 82 milliards.

La force de l’économie allemande a pourtant été lourdement affectée depuis la pandémie et surtout, depuis le début de la guerre en Ukraine. C’est pourquoi on peut parler de changement d’époque. La forte dépendance de l’Allemagne au gaz russe, décidée par Berlin afin de bénéficier d’un approvisionnement régulier et à moindre coût (gazoducs Nord Stream 1 et 2) notamment pour son industrie très tournée vers l’exportation, s’est, avec la guerre, révélée contre-productive, puisqu’elle a conduit la coalition a recherché des sources d’énergie alternatives à un prix plus élevé, et a reconsidéré son mix-énergétique (nucléaire, charbon, éolien, photovoltaïque, hydraulique). A la veille de la guerre, Berlin importait 85 milliards de mètres cubes de gaz. En août 2022, la fourniture de gaz par la Russie s’était tarie. Cette dépendance au gaz russe a porté un coup fatal à l’industrie allemande, laquelle, parallèlement, subissait le contrecoup, d’une part, de la fermeture de la Chine durant la pandémie, et, d’autre part, du ralentissement de l’économie chinoise, devenue le premier partenaire commercial de l’Allemagne.

La profonde insertion de l’économie allemande dans la division internationale du travail a ainsi montré ses limites. D’abord par le coût géostratégique infligé à l’Allemagne engendré par l’adhésion au principe européen de sanctions envers la Russie pour l’invasion de l’Ukraine. Cela a conduit Moscou à suspendre ses livraisons de gaz. Le partenariat énergétique entre les deux pays a brutalement pris fin avec les hostilités russo-ukrainiennes. Ensuite, le degré d’ouverture élevé d’une économie au commerce mondial comporte toujours un risque (coût économique), dans la mesure où tout ralentissement économique d’une nation – ou d’un groupe de nations – avec laquelle les flux commerciaux sont intenses, se répercute sur l’exportateur. La concomitance des chocs de la guerre et de l’affaiblissement de la croissance chinoise, exerce un effet récessif sur l’économie allemande [2].

La fin de la mondialisation heureuse pour l’Allemagne ?

En réalité, la guerre en Ukraine n’est qu’une nouvelle étape, pour ne pas dire l’aboutissement, d’une succession de chocs ayant précipité l’économie allemande dans une dynamique de fragilisation. Il faut entendre par fragilisation les risques de ruptures des chaînes de valeur, car si l’Allemagne exporte des biens industriels, le contenu en importations (énergie notamment) de ses exportations est élevé.

La crise climatique d’abord, qui oblige l’Allemagne à repenser son modèle productif centré sur l’industrie, en engageant les entreprises à prendre le tournant de la décarbonation, sachant que, comme l’avait déjà indiqué le gouvernement Merkel, l’objectif de réduction des émissions de G.E.S de 55% à l’horizon 2030 ne serait vraisemblablement pas atteint. En ce sens, il est probable que l’industrie allemande soit amenée, dans un délai assez rapproché, à opérer une vaste reconfiguration de son modèle, une sorte de révolution industrielle, afin de faire éclore un nouveau paradigme socio-économique, moins énergivore en premier lieu, et en phase avec le défi climatique.

La pandémie ensuite, qui, en affectant lourdement les flux commerciaux du fait des confinements généralisés, a placé les autorités et les entreprises allemandes dans un doute réel quant à la poursuite d’une mondialisation qui avait bénéficié à l’Allemagne étant donné son degré élevé d’insertion dans les échanges mondiaux de marchandises. Il en a découlé pour Berlin la nécessité, après bien des réticences, non seulement de relancer sa propre économie, mais aussi de contribuer pleinement au plan de relance Next Generation EU, doté de 750 milliards d’€, afin de sortir de la profonde récession occasionnée par la pandémie, et de relancer un commerce international dans l’intérêt même des industries allemandes [3].

Enfin, les liens économiques et commerciaux noués entre l’Etat fédéral, les entreprises, et des pays comme la Russie et la Chine, pour porteurs qu’ils aient été dans la décennie écoulée, s’ils ont constitué un puissant levier des performances et du rayonnement allemands, en particulier au sein même de l’Union européenne, ont également rappelé à Berlin que la géopolitique, les jeux d’alliances plus ou moins avérés entre les nations, et singulièrement entre la Chine et Moscou, interfèrent avec les enjeux strictement économiques. Dit autrement, Berlin est contrainte de se positionner sur ce double terrain de l’économie et de la géopolitique pour se projeter dans l’avenir. C’est la compétitivité des entreprises allemandes, construite dès le lendemain de la Deuxième guerre mondiale, qui est désormais en jeu.

Le paradoxe de l’agriculture allemande

Lorsque l’on parle de l’Allemagne et de son économie, c’est l’industrie qui retient l’attention. En général, il est assez peu question de son agriculture, alors qu’elle figure au second rang dans la hiérarchie des principaux Etats membres producteurs de biens agricoles, derrière la France. Depuis la réunification, l’agriculture allemande est pourtant montée en puissance, au point de supplanter la France en matière de parts de marché à l’exportation. C’est au détour des années 2004-2005 que les exportations allemandes de produits agricoles dépassent en effet celles de la France. Il faut y voir l’impact d’une réunification des deux Allemagnes, qui a conduit à une vaste restructuration du secteur agricole et de l’industrie de la transformation, en particulier dans les viandes et la filière laitière. L’exemple de la viande porcine illustre cette capacité qu’a eue l’Allemagne de redresser une production dont les volumes avaient tendance à diminuer auparavant. Le redressement de la production porcine s’est appuyé sur un secteur de la transformation (abattage) rendu davantage compétitif par un différentiel de coûts de production favorable (dérogation de certaines réglementations européennes, concentration des élevages porcines, coût salarial plus faible…), permettant à l’Allemagne de se positionner comme l’un des principaux exportateurs de l’UE avec l’Espagne. Les exportations agricoles et alimentaires sont concentrées sur les produits laitiers, la viande porcine et les boissons.

Cette dynamique exportatrice du complexe agroalimentaire allemand n’a pas pour autant débouché sur une inversion du solde commercial, traditionnellement déficitaire. Alors que l’Allemagne formait le second déficit commercial agroalimentaire de l’UE derrière le Royaume-Uni, il est désormais le premier depuis que le Brexit est entré en application. En 2022, il se situait à proximité des – 20 milliards d’€ (figure 1). Le taux de couverture de l’Allemagne (ratio exportations sur importations en pourcentage), était de 82%, contre 120% pour la France. Si l’Allemagne est devenue une puissance exportatrice, son déficit commercial agroalimentaire montre qu’elle est restée une nation importatrice de premier plan, en particulier des fruits et des légumes, des oléagineux et des céréales. Il en découle que le contenu en importations des exportations allemandes de produits agricoles et alimentaires apparaît élevé.

L’avenir de l’agriculture allemande semble conditionné par un certain nombre de paramètres structurels, au premier rang desquels on trouve l’érosion des cheptels. Le recul des effectifs d’animaux, porcs, bovins viande et lait, compromet la disponibilité des volumes pour le secteur de la transformation et donc pour les exportations. Ensuite, la diminution régulière du nombre d’exploitations agricoles – ils étaient près de 5 millions en 1949, contre 500 000 aujourd’hui, et il y a 264 000 exploitations qui exploitent 16 millions d’hectares – constitue une deuxième source de préoccupation quant à l’avenir de l’agriculture allemande. La crise climatique, avec ses phénomènes extrêmes (sécheresses, pluviométrie élevée…), exerce un impact important sur les rendements céréaliers, et exige une révision des pratiques agricoles, tant en élevage qu’en productions végétales.

Enfin, comme dans le reste de l’économie, l’Allemagne cherche à préserver son approvisionnement alimentaire alors que le contexte international est particulièrement tendu. Si elle peut bien entendu s’appuyer sur ses partenaires européens pour importer des biens agricoles et alimentaires, en particulier en provenance de son partenaire commercial qu’est la France, la problématique du maintien de la production agricole allemande reste posée. C’est pourquoi l’orientation prise par l’Allemagne et son Ministre de l’Agriculture – issu des rangs du Parti des Verts – en matière d’environnement et de transition agro-écologique dans le cadre de la nouvelle Politique agricole commune 2023-2027, s’est invitée dans le débat public et a parallèlement suscité des doutes au sein même de la profession agricole, doutes exacerbés avec la guerre en Ukraine et du fait des facilités commerciales accordées à Kiev pour que les exportations ukrainiennes de produits agricoles et alimentaires s’accroissent (blé, volaille, sucre en particulier).

Face aux tensions sur les marchés agricoles, et dans la mesure où, en 2023, 3 millions d’allemands ont été touchés par une précarité alimentaire, les agriculteurs ont revendiqué un assouplissement des décisions prises avant la guerre, en particulier dans le registre des jachères, thème vis-à-vis duquel Berlin n’envisageait pas de remettre en cause ses décisions. Ce qu’il convient de retenir du message des agriculteurs à trait à la mesure qui doit être prise du risque de rupture des approvisionnements alimentaires intérieurs, message qui fait écho à la dépendance de l’Allemagne en produits énergétiques, et à la possibilité d’accentuer le déficit commercial agroalimentaire. Continuer à produire en Allemagne permettrait d’une part de préserver un taux d’autosuffisance d’environ 85 à 90%, et de contenir ainsi la dépendance du pays en produits agricoles et alimentaires. C’est l’une des origines de la crise agricole qui a touché l’Allemagne durant l’hiver 2023-2024, rejoignant ainsi les autres mouvements de colère agricole qui ont surgi en France, en Belgique, en Pologne, en Hongrie, en Italie et en Espagne. A l’image de ce qui se déroule dans le secteur industriel, l’agriculture allemande a devant elle un défi décisif, celui de trouver un modèle productif capable de combiner la continuité de l’approvisionnement, y compris par la voie de l’importation, et des réponses à apporter aux contraintes environnementales [4].

Conclusion

A quelques encablures d’une élection du Parlement européen et d’un renouvellement de la Commission, qui sont à n’en pas douter décisifs pour l’UE, l’Allemagne, première économie de la zone, affiche quelques incertitudes tant sur le plan politique que sur celui de l’économie, et singulièrement de son agriculture.

Au-delà de ces deux échéances capitales, les prochains élargissements de l’UE à neuf futurs et potentiels Etats membres, c’est bien les équilibres des forces et le centre de gravité de l’UE qui pourraient être modifiés. A cet égard, le soutien massif de Berlin à la politique d’aide de l’UE à Kiev contient une contrepartie potentielle, celle d’un bouleversement des équilibres internes à l’origine duquel les forces centrifuges seraient en embuscade pour disloquer un peu plus une unité européenne de plus en plus précaire.

Thierry Pouch, le 27 mai 2024

Notes

[1Sur ce paysage politique de l’Allemagne, consulter Jérôme Vaillant et Thierry Pouch (2024), « L’Allemagne : une puissance contrariée, une économie chamboulée, une agriculture vulnérable », Le Déméter, p. 267-289.

[2La question de la formation d’une défense commune européenne, dans un contexte de guerre, constitue une dimension centrale des clivages inhérents à l’UE. Voir notamment Hans Stark et Jérôme vaillant (2023), « Changement d’époque : qu’est-ce que l’agression russe de l’Ukraine fait à l’Allemagne ? », Allemagne aujourd’hui, numéro 243/1, janvier-mars, p. 3-7, ainsi que Detlef Puhl (2023), « L’agression russe en Ukraine et le « changement d’époque » : l’Allemagne a la recherche d’une orientation stratégique », Allemagne aujourd’hui, numéro 243/1, janvier-mars, p. 8-21

[3Certains observateurs ont pu, à juste titre, mettre en exergue la fin de la mondialisation heureuse pour l’Allemagne, et l’exigence de repenser son modèle. Voir par exemple Éric-André Martin (2023), « La fin d’une parenthèse heureuse. Comment la guerre en Ukraine contraint l’Allemagne à repenser son modèle », Notes de l’IFRI, numéro 175, p. 1-32

[4On pourra consulter sur ces points, Kristina Mensah et Bettina Rudloff (2023), « Epis et alliances. La politique agricole allemande, française et européenne entre sécurité alimentaire et environnement », Notes de l’IFRI, Centre des relations franco-allemandes, décembre, numéro 35, p. 1-30.

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