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L’EUROPE FACE AUX DEFIS DE LA MONDIALISATION (Conférence B. Badie)

De la COMPETITION ECONOMIQUE à la GUERRE FROIDE TECHNOLOGIQUE

PARADIS FISCAUX. « Il faut changer la façon dont on impose les profits des sociétés multinationales ». G. Zucman

Le traité d’Aix-la-Chapelle

TRUMP REINVENTE LA SOUVERAINETE LIMITEE. Par Pascal Boniface

Une mondialisation d’Etats-Nations en tension

« UNE QUADRATURE STRATEGIQUE » AU SECOURS DES SOUVERAINETES NATIONALES

LES THEORIES DES RELATIONS INTERNATIONALES AUJOURD’HUI. Par D. Battistella

Guillaume Duval et Henrik Uterwedde, « Traité de l’Elysée 2.0 : Les clés d’une nouvelle étape de l’intégration européenne ? » (6 février 2018)

MONDIALISATION HEUREUSE, FROIDE et JEU DE MASQUES...

RESISTANCE DES ETATS, TRANSLATION DE LA PUISSANCE

Libéraux contre libéraux

Ami - Ennemi : Une dialectique franco-allemande ?

Pierre Emmanuel Thomann : Peut-on penser les finalités européennes sans la Russie ?

PUISSANCES MOYENNES d’hier et d’aujourd’hui entre impuissance et émergence (B. Badie, professeur des Universités, Sc Po Paris)

DE LA DIT A LA DIPP : LA FRAGMENTATION DE LA...

Conférence de Pierre-Emmanuel Thomann : La rivalité géopolitique franco-allemande (24 janvier 2017)

Conférence d’Henrik Uterwedde : Une monnaie, deux visions (20 janvier 2016)

Conférence de Bertrand Badie : Les fractures moyen-orientales (10 mars 2016)

Conférence de Bertrand Badie - L’énigme des émergents : la Chine rivale ou interdépendante des Etats-Unis ? (21 février 2013)

ACTUALITES SUR L’OR NOIR. Par Francis PERRIN

dimanche 18 novembre 2018 Francis Perrin

Actualités sur l’or noir

Francis Perrin a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste et consultant indépendant sur l’énergie et les matières premières. Il est chercheur associé à l’OCP Policy Center (Rabat) et directeur de recherche à l’IRIS (Paris) sur les problématiques de matières premières. Il donne des cours à l’Université de Grenoble Alpes et à Lyon III. Il rédige les chapitres sur le pétrole et les produits pétroliers dans le rapport annuel Cyclope sur les matières premières (Editions Economica).

- Les Etats-Unis, premier producteur mondial de pétrole

Selon l’administration américaine (EIA), les Etats-Unis seraient désormais le premier producteur mondial de pétrole, dépassant ainsi l’Arabie saoudite et la Russie dans ce domaine. On peut se demander si cette situation va encore s’accentuer, l’EIA estimant que les Etats-Unis pourrait porter leur production d’ici 2023 à 17 millions de barils (contre 11 millions aujourd’hui)
Francis Perrin - Lorsque l’on parle de production pétrolière, il y a différentes définitions possibles. Soit on ne retient que le pétrole brut, soit on ajoute au brut d’autres liquides, qui sont associés au gaz naturel, soit on a une notion encore plus large des liquides où on inclut en plus les biocarburants, etc. L’important est donc de préciser ce à quoi on fait référence. Actuellement les États-Unis sont incontestablement le premier producteur au monde, devant la Russie et l’Arabie Saoudite dans cet ordre, pour les deux définitions plus larges évoquées ci-dessus. Ils ont même une large avance sur ces deux autres pays. Par contre, si l’on ne prend en compte que le pétrole brut, la production des États-Unis était estimée à 10,9 millions de barils par jour (Mb/j) en août, soit un peu moins que la Russie et un peu plus que l’Arabie Saoudite.

Mais il est très probable que les États-Unis seront le numéro un dans toutes les catégories dès 2019. Cette domination se prolongera effectivement pendant plusieurs années car la production américaine est sur une tendance haussière depuis une dizaine d’années grâce au pétrole non conventionnel et le potentiel de hausse n’est pas épuisé. Les États-Unis vont donc creuser l’écart dans les prochaines années par rapport à leurs plus grands concurrents.

- Quelles sont les marges de manoeuvre de production pour l’Arabie Saoudite et la Russie ?

Francis Perrin - Pour la Russie, la marge de manœuvre à court terme est limitée car ce pays produit quasiment à pleine capacité. Le cas de l’Arabie Saoudite est différent car le royaume ne produit pas à 100 % de ses capacités et, ce, de façon tout à fait délibérée. L’Arabie Saoudite fait partie de l’OPEP et les décisions sur son niveau de production s’inscrivent dans des négociations au sein de cette organisation qui regroupe 15 pays exportateurs de pétrole. Or, ces pays ne tiennent pas à ce que les prix du pétrole baissent fortement car cela affecterait négativement leurs revenus. En même temps, la hausse des prix du brut (le Brent de la mer du Nord était entre $86 et $87 par baril hier à Londres) mécontente beaucoup le président Trump qui appelle à grands cris l’OPEP et l’Arabie Saoudite à produire plus pour faire baisser les cours du brut et les prix des carburants. Cela dit, dans tous les cas de figure, les États-Unis seront le leader dans les prochaines années.

- Cette dynamique productive américaine ne va-t-elle pas modifier la « relation » entre les trois principaux producteurs (Etats-Unis, Russie, Arabie Saoudite), et l’occasion pour les Etats-Unis d’atténuer celle entre Ryad et la Russie ?

Francis Perrin- Les États-Unis et l’Arabie Saoudite sont des alliés stratégiques depuis 1945 au moins et cette alliance n’est absolument pas remise en question par les évolutions pétrolières que nous évoquons. L’hostilité de Washington et de Riyad envers Téhéran contribue à renforcer ce partenariat stratégique qui existe depuis plus de 70 ans et qui repose sur trois mots clés : pétrole contre sécurité. Certes, la montée en puissance du pétrole non conventionnel des États-Unis représente un défi pour l’Arabie Saoudite et pour l’OPEP mais ils sont obligés de se faire une raison.

La coopération entre la Russie et l’Arabie Saoudite est d’une nature différente. Elle est très récente et découle de la volonté de ces deux États d’améliorer la régulation du marché pétrolier mondial. Moscou et Riyad entendent institutionnaliser cette coopération ainsi que celle entre l’OPEP et dix pays non-OPEP qui ont réduit conjointement leur production entre le 1er janvier 2017 et le 1er juillet 2018 avant de l’augmenter il y a trois mois. Cette coopération ne peut faire de l’ombre au partenariat stratégique entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite.

- Le Guyana est en train de devenir un nouvel acteur sud-américain du pétrole. Est-ce une surprise ?

Francis Perrin - Oui et non. Oui, car ce pays, dont on ne parle pas, n’a jamais été un producteur de pétrole dans le passé. Non parce que la première découverte en mer au large de Guyana, Liza, remonte à mai 2015 et que l’on sait dans les milieux pétroliers depuis au moins deux ans qu’il y a suffisamment de brut pour que ce champ pétrolier soit développé et entre en production dans les prochaines années.
On sait aujourd’hui que le Guyana deviendra un producteur de brut au début 2020. Le pays sera aussi un exportateur de pétrole. La production augmentera ensuite progressivement jusqu’en 2025 pour atteindre un niveau de 750.000 barils par jour, soit 37 millions de tonnes par an. C’est le niveau actuel de la production de la Malaisie. Cela ne fera pas du Guyana un très gros producteur de pétrole, mais ce sera très important pour l’économie de cet Etat. De plus, il n’est pas exclu que d’autres découvertes soient réalisées, ce qui conduirait à revoir ces chiffres à la hausse.

- Pourquoi le Guyana et Exxon Mobil ont-ils choisi de coopérer pour l’exploitation de ses ressources ?

Francis Perrin - Exxon, géant américain du secteur pétrolier a investi dans l’exploration au Guyana. Le groupe Exxon Mobil est engagé dans l’exploration au Guyana depuis 2008. Cette société est la plus grande compagnie pétrolière prouvée au monde. Elle est associée au sein d’un consortium à une autre firme américaine et à une entreprise chinoise pour l’exploration d’un permis en mer au large du Guyana. Le nom de ce permis est Starbroek. Les travaux d’exploration conduits par Exxon Mobil ont été très largement couronnés de succès puisque neuf découvertes ont été réalisées à ce jour. L’estimation des réserves récupérables mises à jour est à présent supérieure à 4 milliards de barils de pétrole. Et Exxon Mobil pense que d’autres découvertes sont possibles. Exxon Mobil, ses associés et le Guyana seront les grands gagnants de cette affaire.

- Quelle est la qualité du brut du Guyana ? Plutôt de la qualité du type du « brent » européen ou bien du type « saramacca » des plateformes pétrolières du Suriname ?

Francis Perrin - C’est une bonne qualité. On n’est pas dans le cas, très particulier, du brut extra-lourd et polluant de la région de l’Orénoque au Venezuela.

- On trouve du pétrole au Guyana, au Suriname. Quant à Total il va débuter l’exploration du permis Guyane Maritime. La région n’est-elle pas en train de devenir un nouveau spot pétrolier ?

Francis Perrin-Le Guyana, la Guyane française et le Suriname sont situés entre deux grands pays pétroliers, le Venezuela et le Brésil, et il est donc logique pour des compagnies pétrolières de vouloir tenter leur chance dans cette zone. À ce jour, on compte neuf découvertes pétrolières au Guyana, une en Guyane et les perspectives sont jugées intéressantes pour le Suriname. Un nouvel eldorado non, mais une zone qui est maintenant sur l’écran radar de l’industrie pétrolière internationale et qui pourrait réserver d’autres bonnes surprises pour certains acteurs pétroliers dans la région. On suivra avec intérêt la poursuite des activités d’exploration d’Exxon Mobil au Guyana et le prochain forage de Total sur le permis de Guyane Maritime au large de la Guyane française.

- Pour le Guyana, le pétrole au delà des rentrées d’argent, n’est ce pas un risque de tomber dans « la malédiction des matières premières » ?

Francis Perrin - Le Venezuela est effectivement un exemple catastrophique de cette ’’malédiction" des matières premières. Ce pays détient des réserves pétrolières supérieures à celles de l’Arabie Saoudite... Mais le terme de malédiction ne doit pas nous induire en erreur. Derrière l’effondrement tragique de ce pays, il n’y a pas de fatalité, mais des responsabilités humaines et politiques. Le pétrole n’est pas toujours une ’’malédiction’’. Cela dit, il est certain qu’il est difficile pour un Etat de gérer correctement une richesse qui semble tomber du ciel, d’autant plus que le Guyana n’a pas d’historique dans ce domaine. D’un autre côté, un nouveau pays producteur peut profiter des expériences d’autres producteurs en vue d’éviter certains pièges et d’appliquer de bonnes pratiques. Un risque, certes, mais aussi une chance. Il appartient au gouvernement du Guyana de faire les bons choix économiques et sociaux dans l’intérêt de la population du pays et aussi des générations futures. C’est une responsabilité historique pour l’avenir de ce pays.

Contexte
Exxon Mobil, l’une des plus grandes compagnies pétrolières mondiales parie sur une production d’or noir de qualité et notamment au Guyana. La région est l’une des zones pétrolières les plus actives de la planète et le Guyana fait partie des pays les plus pauvres de l’Amérique du Sud. Selon l’Institut fédéral américain de géologie (US Geological Survey), le bassin Guyana-Suriname a un potentiel de ressources estimé à plus de 13 milliards de barils de pétrole. Et plus si on y ajoute la Guyane française.

La région est considérée comme l’un des meilleurs bassins inexplorés au monde. Le bassin principalement offshore se situe en partie sur la côte, où les efforts de la compagnie nationale Staatsolie, gérée par l’État du Suriname, ont été concentrés. Mais les huit découvertes d’Exxon Mobil dans les eaux du Guyana ont piqué l’intérêt de la compagnie pétrolière pour la région. Exxon Mobil a trouvé un nouveau gisement pétrolier d’importance. Le Guyana est associé au projet pétrolier du géant américain. Les premiers barils seront produits en 2020...
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Zone pétrolière Guyana-Surinam © INSG
© INSG Zone pétrolière Guyana-Surinam

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