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jeudi 16 juin 2016

« Le politique n’est pas que l’art de gérer la confrontation mais aussi l’art de gérer la coexistence »

De nos jours de multiples affabulations à l’encontre de la Chine peuvent être entendues au travers des médias. Ce vent de sinophobie, dont l’équation classique est la peur et l’ignorance, rassure les valeurs occidentales et est l’expression d’un rejet. L’ignorance de cette culture, c’est la peur de voir la Chine s’imposer comme la nouvelle superpuissance. Mais aujourd’hui il devient impossible de raisonner de cette manière.

Les Sciences Politiques adoptent quatre postures différentes au regard de la Chine. L’École réaliste (héritière du « power politics ») pour laquelle il est question d’un monde structuré en termes de puissance. Le gagnant est celui qui accumule les ressources (militaires, économiques…). Celles de la Chine sont telles que l’on estime qu’elle attendra d’ici 2050 le titre de première puissance commerciale. Vieux contradicteurs de l’Ecole précédente, les libéraux prévoient que l’accumulation de ses excédents se dissoudra dans la banalité d’une économie libérale. L’Ecole historique affirme que la Chine dans l’Histoire, la plus longue des Etats répertoriés, n’a jamais cherché à adopter une posture mondiale, se souciant que très peu de ce qu’il peut se dérouler à l’extérieur de ses frontières. La Chine a toujours été impériale et mais elle ne sera jamais impérialiste. Enfin, pour les constructivistes, la Chine est en plein processus de renouvellement (A. Johnston). Au centre de leur thèse, figure le fait que cette dernière devient peu à peu socialisée par les Institutions Internationales (ONU ou encore l’OMC). La Chine se reconstruit et se renouvelle donc dans ce contexte de mondialisation.

Mais ces lectures ne semblent aujourd’hui que très peu adaptées à la réalité et aux transformations qui affectent l’espace mondial et en particulier celui de la Chine. La pauvreté conceptuelle nous amène à apprécier la Chine d’aujourd’hui en termes de compétition, de rivalité, etc. B. Badie nous propose des instruments adéquats pour aller à la découverte de cette réalité nouvelle. Le mode d’insertion de ce pays ne ferait-il pas appel à d’autres logiques ? Aujourd’hui, seuls deux grands acteurs comprennent réellement ce que signifie la « mondialisation ». La Chine de Deng Xiaoping à l’actuel président Xi Jinping surprend car elle est la première à imaginer ce qu’elle implique. Elle émerge au moment où les rapports mondiaux se transforment, et dispose donc d’une position de prise de recul pouvant ainsi analyser les événements. Le second est bien évidemment les États-Unis, Obama et son équipe, mais a-t-il les moyens de sa politique ?


1. Les contextes de l’interdépendance entre EU et RPC


Dans un système aujourd’hui post bipolaire, les États-Unis souffrent de trois éléments qui profitent à la Chine par symétrie : sortie de la bipolarité (1.1), apparition du phénomène de l’émergence (1.2), matrice que constitue la mondialisation (1.3)


1.1. Post-bipolarité ou sortie de la bipolarité ?

La sortie d’un système bipolaire, suite à l’effondrement d’un des deux Grands (URSS), créa un immense espoir auprès des américains qui s’imaginaient régner dans un monde unipolaire. Or c’est le contraire qui se produisit.
L’un des effets de la bipolarité était la confrontation de deux camps suscitant des menaces mutuelles, un réflexe d’agglutination des petits et des moyens autour des deux leaders bien souvent par souci de sécurité. Or une fois la menace soviétique disparut, le besoin de protection ne devint plus nécessaire. Un énorme mouvement centrifuge s’est emparé du camp occidental. Ainsi paradoxalement, l’érosion du leadership américain commença dès la chute du mur en 1989. Chez les alliés, un sentiment de « liberté » conduisit à l’apparition d’un système « multipolaire », ou plus correctement, « mondialisé », les pôles n’existant plus (système apolaire selon B. Badie). La question qui demeure est : pourquoi la Chine en a-t-elle bénéficié ? La guerre froide conférait à la Chine, un statut étrange. Pékin savait que face à son grand frère, la République Populaire de Chine ne faisait pas le poids. A la chute de l’URSS, elle a pu déployer le jeu qu’elle entendait.


1.2. La question de l’émergence

La notion d’émergence est un concept économique qui apparaît dans les années 70 et voit globalement le jour avec les quatre dragons asiatiques (Corée du Sud, Taiwan, Hong-Kong, Singapour) démentant l’idée que les « riches » se situaient exclusivement au Nord. Suivent les Jaguars d’Amérique (Mexique, Brésil) puis l’Inde etc… Plusieurs éléments attestent de leur émergence.

La croissance qui fut particulièrement forte dès les années 1980. La Chine eut un rôle remarquable en multipliant son PIB par 5.7 de 1980 à 2008 et par 7 de 1980 à 2013. En 2010 elle atteint une croissance à deux chiffres (8/9 % aujourd’hui) avec des exportations en hausse continue et une présence active dans le commerce mondial. L’Inde a vu sur la même période son PIB multiplié par 2.2. Les exportations chinoises en volume passèrent de 18 milliards de dollars à 1200 milliards de 1980 à 2008. Les exportations indiennes passèrent de 8 milliards à 145 milliards de dollars. Le Nord perdit dès lors le quasi monopole du commerce mondial. C’est ce changement de configuration qui inquiète les Etats-Unis. C’est aussi la capacité à mettre en place des institutions adéquates, c’est-à-dire des institutions capables de porter ces évolutions au mieux. Gorbatchev ne chercha pas d’abord à instaurer une économie soviétique mais plus à institutionnaliser l’URSS ce qui fut l’inverse des intentions de Deng Xiaoping. La réussite Chinoise semble prouver l’efficacité de ses choix. L’institutionnalisation ne doit pas être sous estimée. Le Brésil dispose d’une capacité institutionnelle liée à la solidarité des organismes bancaires, lui permettant de mieux réagir à la crise contrairement aux européens. Avec leurs réserves de devises, Taiwan, Corée du Sud, Inde, Singapour, Russie et Chine sont aujourd’hui des puissances créancières suite à une accumulation importante de capitaux. Enfin une cinquième caractéristique voit le jour : la « diplomatie émergente ». Les puissances citées ci-dessus ont une force diplomatique aujourd’hui bien supérieure à celle des vielles puissances. Cette émergence économique et politique fait perdre aux pays du Nord, c’est-à-dire essentiellement aux occidentaux, le monopole de la gestion des affaires internationales.


1.3. La matrice de la mondialisation

Elle peut se caractériser en quatre points. Celle-ci se définit dans un premier temps par ses vertus inclusives. Pour la première fois depuis son histoire moderne (Renaissance), le monde occidental a perdu le monopole des relations internationales. Tous les Etats jouent sur la même scène, et ce dès les années 70 avec la décolonisation qui arrive à son terme. L’humanité n’a en effet jamais été aussi unifiée. Les inquiétudes des Etats-Unis concernant la survie de leur hégémonie n’ont jamais été aussi importantes. Les relations diplomatiques, nous l’avons vu, l’illustrent très clairement. Ce domaine fut particulièrement un défi pour la Chine. Une communication généralisée : les échanges d’informations se multiplient dans le monde évoquant l’idée d’une « fin des frontières ». Leur maîtrise fut un défi colossal pour la RPC en tant que puissance totalitaire, les informations pénétrant au cœur du territoire, au sein de la population et véhiculant des idées qui menacent le régime. Défi aussi pour les EU qui en tant que puissance militaire avaient la maîtrise de ce monde structuré par la distance. Encore plus déstabilisant, le monde avec l’information et ces interdépendances à distance ne devient plus atteignable directement avec l’instrument militaire. Les instruments classiques de puissance n’ont plus du tout la même efficacité. La mobilité : « le migrant est l’avenir du monde » (B. Badie). La traduction fut immédiate pour une puissance comme la Chine, si bien que cette « diaspora chinoise » contribua à transformer son propre système. En 1996, il y avait 20 000 étudiants chinois à l’étranger, aujourd’hui leur nombre est de 200 000. Leur destination première est la côte Ouest des Etats-Unis. La mondialisation dévoile l’un des flux de société et d’intelligence les plus importants de notre histoire. Cette capacité à importer le savoir du monde extérieur est l’une des clés de la réussite chinoise. En effet, si elle est aujourd’hui l’un des géants dans les nanotechnologies, c’est qu’elle eut le génie de faire fusionner le savoir occidental avec un savoir national de longue date, qu’elle sut conserver à l’intérieur de ses frontières. L’interdépendance : tout le monde dépend de tout le monde, le faible dépend du fort, mais surtout le fort dépend du faible. Les idées de souveraineté et de compétition sont remplacées par celle d’interdépendance. On assiste à la construction d’un espace mondial de solidarité objective, qui fait que le modèle ancien, réductible à la théorie des jeux à somme nulle est terminé. Désormais, on peut aussi avoir des jeux « win-win ». La mondialisation met les puissances classiques dans un état de vulnérabilité. Mais inversement, la Chine n’a aucun intérêt à l’effondrement de l’économie américaine, notamment pour les transferts de technologie incontrôlés (par les Etats-Unis) à l’armée chinoise. Un nouveau système remplace l’ancienne asymétrie, où des « gagnants » côtoyaient des « perdants » dans le jeu mondial. Aujourd’hui ce que l’un gagne est susceptible de faire gagner également celui avec lequel il échange. Les relations sino-américaines en sont un exemple frappant. La Chine ne trouverait en rien intérêt à un effondrement de leur partenaire étatsunien. Le drame se répercuterait, étant donné la force des échanges qui les lient. En matière d’armement, les relations sont telles que les Etats-Unis n’ont plus aujourd’hui la capacité d’empêcher leurs ventes d’armes à la Chine. Réciproquement, les EU demeurent aujourd’hui les premiers clients de la Chine, qui elle même détient mille milliards en Bons du Trésor américain. L’inadaptation des instruments militaires face à ce nouveau décor international, aboutit à affaiblir la puissance d’un Etat.


2. Les enjeux qui dérivent de cette interdépendance


Les enjeux principaux concernent les domaines de la culture, de la diplomatie et révèlent des problèmes oligarchiques.


2.1. L’enjeu culturel

Comment la matrice culturelle réussira-t-elle à contrôler les changements qui s’effectuent ? Qu’est ce que la culture impériale chinoise ? La Chine historique est l’Empire du milieu où des peuples coexistent, mais les régions en dehors de ses murailles et de ses périphéries constituant pour elle des vassaux, ont un statut imprécis. Au-delà de ses frontières, le projet chinois n’est pas d’imposer ou de reconfigurer les cultures extérieures à son image. Elle se différencie en ce point de la culture occidentale à prétention universaliste au moyen de sa religion chrétienne et de sa « raison » (devoir de l’homme blanc, devoir de civilisation, standards de la civilisation…). Deux cultures s’affrontent : une anciennement messianique et l’autre peu portée par ce devoir universaliste, qui s’implique hors de ses frontières seulement si les intérêts y sont. Mais la vision messianique est inapplicable à la mondialisation.


2.2. L’enjeu diplomatique

Comme l’atteste cette nouvelle diplomatie « émergente », les États ont compris l’enjeu de ce domaine dont la voie d’accès semble être facilitée par un fort potentiel économique du capitalisme. Cet engouement diplomatique se traduit par la « tendance de clubs » : c’est-à-dire accéder au « club des grandes puissances ». La Chine agit particulièrement dans cette logique, puisqu’elle fait partie du P5 à l’ONU, est membre du G20 etc... Mais cette diplomatie montre rapidement ses limites : peut-on gouverner le monde d’un seul lieu ? La Chine dispose également, rappelons le, d’une posture tribunitienne en se faisant le porte-parole du « Tiers Monde », même si cette position du fait de son arrivée parmi les « riches » perd en crédibilité aux yeux des Etats déshérités. De plus en plus d’Etats se font contestataires et n’hésitent pas à pointer du doigt ce qu’il devient nécessaire de réformer. Au Brésil, l’ancien président Lula da Silva en est un des représentants emblématiques. Mais dans ce contexte d’internationalisation où il est de l’ordre de la survie de renforcer l’autorité nationale, le souverainisme règne encore, particulièrement en Chine et en Inde, souhaitant se prémunir contre toute forme d’impérialisme. Dans ce contexte la Chine opte pour l’option de la « méta puissance ». Ne pouvant détrôner la puissance militaire étatsunienne (budget militaire 4 à 5 fois supérieur), elle tente d’utiliser d’autres ressources afin de contourner puis de compenser cette faiblesse (instituts Confucius en Afrique et Amérique latine etc…). Une de ses plus grandes cartes est la diplomatie du « grand écart » appelée encore « split-diplomatie ». Constituant un de ses atouts les plus considérables, la Chine garde un pied au « Nord » et l’autre au « Sud », aussi bien à l’intérieur de son territoire du fait de larges disparités qu’hors-frontières. Cela permet de dialoguer avec tout le monde (ex : capacité d’influence en Afrique). Les Etats occidentaux ont en effet des difficultés vis à vis des Etats de l’ancien Tiers-Monde, apparaissant comme d’anciennes puissances colonisatrices. Ainsi la Chine, mais encore le Brésil ou l’Inde sont prédisposés à détenir une capacité d’action au Sud que n’ont plus ou très peu les Occidentaux.


2.3. L’oligarchie mondiale

A travers les différents plans de sauvetage de l’Occident, la tendance est à la réunion des plus riches pour contrôler et réguler l’espace mondial. L’atteste le P5 durant la Guerre Froide, ou encore le G6 (aujourd’hui G8) complété dès la crise asiatique de 1997 par le G20 qui inclue aussi de nouvelles puissances émergentes. Ces deux derniers constituent réellement les seules structures à l’échelle mondiale avec l’enjeu d’en faire un instrument de gouvernance mondiale. Il s’agit pour l’Occident d’un atout qui lui permet de garder une main mise sur le monde. Ces formes de gouvernance à « grande » échelle se déclinent en trois niveaux : mondial, régional, puis national. L’influence d’une puissance à l’échelle régionale semble être le palier inévitable pour accéder au rang de puissance à influence mondiale. Un Etat qui souhaite posséder un statut à l’échelle de la planète, se doit nécessairement de se faire reconnaitre dans son environnement, c’est-à-dire auprès de ses voisins immédiats. On compte trois puissances en Asie Orientale : la Chine, l’Inde et le Japon qui surent tirer leur épingle du jeu dans cette région, qui rappelons le, fut la première à développer très tôt le concept d’interdépendance (cf. le triangle de croissance). C’est aussi dans cette région que l’on trouve le plus grand nombre de contentieux territoriaux. La Chine n’eut d’autres choix que d’assumer son rôle de puissance. Cette stratégie d’extraversion lui permit de concentrer en son territoire une puissance militaire et politique, et de dominer l’ASEAN, la propulsant au rang mondial. Au niveau international, le fameux G2 (sorte de « face to face » entre la Chine et les EU) s’est manifesté depuis la présidence d’Obama, avec le grand sommet de Washington de janvier 2011 renouvelé avec le sommet de l’APEC. Il tente de pérenniser des placements étatsuniens en Asie. L’idée d’un condominium a peut être été soulevée. Mais dans ce F2F (face to face), les Etats-Unis avec un déficit de 226 milliards de dollars avec la Chine et avec ses 1000 milliards de dollars en Bons du Trésor détenus par celle-ci, sont en position d’infériorité.

Mais le grand problème dans cette logique d’interdépendance réside dans le fait que ces deux Etats ne peuvent se construire l’un contre l’autre. Il ne s’agit donc pas de confrontation mais de partenariat, économique principalement, mais sur le plan politique et militaire la Chine a aussi réussit son insertion, notamment dans deux nouveaux blocs (OCS et BRICS). Sur le plan mondial, la Chine entre dans la mondialisation non pas pour la servir mais pour être servie par celle-ci. Lorsque qu’un sujet ne la concerne pas ou menace ses intérêts, elle n’hésite pas à ne pas s’exprimer ou à agir à l’encontre de celui-ci. A titre d’illustration, le droit de veto utilisé par cette dernière contre l’extension de la mission de surveillance en Macédoine. Celle-ci avait en effet voté pour la reconnaissance d’un gouvernement de Taïwan. La Chine n’a aucune politique mondiale, aucun projet universel mais la mondialisation a dans le pragmatisme chinois deux fonctions essentielles. Premièrement, elle alimente son développement. Deuxièmement, celle-ci est censée combler son déficit énergétique. La Chine en passant de 1 million de barils en 1970 à 10 millions de barils en 2010 (15 millions prévus aux horizons de 2050), ne parvient pas à dissimuler son besoin croissant de consommation. Le G8 a tenté de prendre le relai de la gouvernance mondiale ainsi que le G20. Si l’on y réfléchit, ce double club est la seule structure de gouvernance mondiale. L’enjeu du système actuel est de faire de ce club oligarque une instance de gouvernance mondiale. Pour les puissances émergentes, c’est un moyen pour jouer encore la diplomatie du grand écart : un plus grand regard sur les décisions mondiales, tout en restant en dehors du G8 pour se rapprocher des PED. Ce double masque leur donne un énorme avantage.

L’arrivée de la Chine sur la scène mondiale représente quelque chose d’encore plus profond, puisqu’elle marque sa revanche sur l’humiliation des siècles précédents (guerre de l’opium…). Les chinois, auprès d’occidentaux si pointilleux en matière de Droits de l’Homme et de libéralisme, se font rembourser des siècles d’injustice. Retrouver dignité et respect, représente là un des points chers à la Chine dans ce contexte de mondialisation.


3. Les résultats que l’on peut apprécier


3.1. Au niveau régional

S’il y a un niveau auquel la puissance demeure, c’est le niveau régional. Il est quasiment impossible de tenir un statut à l’échelle de la planète sans se faire reconnaitre comme puissance régionale dans son environnement. C’est un passage obligatoire pour tous les émergents : ils doivent pouvoir s’imposer auprès de leurs voisins (après la France en Europe, le Brésil en Amérique du Sud). C’est un passage périlleux pour la Chine. L’Asie orientale est une région qui concentre la puissance (Chine, Japon, Inde, Indonésie, Corée du Sud, voire même Australie). S’il y a un lieu du monde qui a très tôt conçu l’interdépendance, c’est l’Asie orientale. Mais c’est aussi dans l’Asie orientale où l’on trouve le plus grand nombre de contentieux territoriaux (Chine et Taïwan, iles Spratleys, Paracels….). La Chine est sortie de ses frontières une seule fois en cherchant à conquérir le Japon. Le Japon au contraire a eu une politique impériale durable.


3.2. Au niveau international

Au niveau international, on a un face à face américano-chinois, manifeste depuis la présidence Obama. Ce que l’on appelle le G2 interroge sur ce que pourrait être un condominium Etats-Unis/Chine. Dans ce face à face, les Etats-Unis sont dans une posture difficile. Par exemple, déficit de la Balance des échanges commerciaux (226 milliards de dollars). Une position d’infériorité en passe de s’établir au profit de la Chine. Problème sur le plan international : ces différents paramètres ne peuvent plus construire la Chine en position d’opposition. Ils montrent l’impossibilité d’une confrontation militaire mais aussi l’inanité d’une coopération économique, politique et commerciale. Tant sur le plan politique et militaire, la Chine a réussi son insertion dans un bloc nouveau (OCS).


3.3. Au niveau mondial

La Chine entre dans la mondialisation non pas pour la servir mais pour être servie par elle. Elle n’a aucune politique mondiale, aucun projet universaliste mais sait en revanche que la mondialisation peut accomplir ce qu’elle veut. Cela passe par l’acquisition de terres, d’énergie etc… Le développement chinois est passé d’un besoin de 1 million de barils de pétrole en 1970 à 10 millions de barils en 2010. La mondialisation peut combler le déficit énergétique et en matières premières. La Chine se moque de la dictature au Congo... Là où les occidentaux vont s’épuiser à essayer de régler « les problèmes des autres », la Chine se sert de la mondialisation pour trouver des ressources. Elle n’a jamais utilisé son droit de véto, sauf une fois pour la Macédoine (qui avait reconnu Taïwan). Bref, quand je suis concerné, je réagis, mais quand je ne le suis pas, je ne fais rien.

Pour la Chine, être sur la scène mondiale, c’est prendre sa revanche sur l’humiliation. Être reconnue, devoir faire avec. Tout le 19ème siècle, la guerre de l’opium, etc., toutes les mauvaises actions de l’Occident en Chine se font rembourser. L’humiliation est le principal facteur de guerre. On essaie de forcer le respect, c’est aussi l’une des visées de la mondialisation…


Notes écrites par S. Alliche, H. Roux, C. Benyamine, élèves de Prépa HEC.

Texte relu par P. Lallemant
30 mars 2013.




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Mots-clés

Chine
Etats-Unis
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