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LE SECTEUR BANCAIRE, AU CŒUR DU MODELE ECONOMIQUE CHINOIS, SEVEREMENT REPRIS EN MAIN. Par Jean François DUFOUR

UNE EUROPE TRIPLEMENT ORPHELINE

LA DETTE CHINOISE DE DJIBOUTI. Par THIERRY PAIRAULT

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La GEOPOLITIQUE DES POSSIBLES. Le probable sera-t-il l’après 2008 ?

« Une QUADRATURE STRATEGIQUE » au secours des souverainetés nationales

L’Europe commence à réagir à l’EXTRATERRITORIALITE du droit américain. Enfin ! Par Stephane LAUER

LA DEFENSE FRANCAISE, HERITAGE ET PERPECTIVE EUROPEENNE. Intervention du Général J. PELLISTRANDI

PARADIS FISCAUX. « Il faut changer la façon dont on impose les profits des sociétés multinationales ». G. Zucman

L’EUROPE FACE AUX DEFIS DE LA MONDIALISATION (Conférence B. Badie)

De la COMPETITION ECONOMIQUE à la GUERRE FROIDE TECHNOLOGIQUE

Le traité d’Aix-la-Chapelle

ACTUALITES SUR L’OR NOIR. Par Francis PERRIN

TRUMP REINVENTE LA SOUVERAINETE LIMITEE. Par Pascal Boniface

Une mondialisation d’Etats-Nations en tension

LES THEORIES DES RELATIONS INTERNATIONALES AUJOURD’HUI. Par D. Battistella

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MONDIALISATION HEUREUSE, FROIDE et JEU DE MASQUES...

RESISTANCE DES ETATS, TRANSLATION DE LA PUISSANCE

Libéraux contre libéraux

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PUISSANCES MOYENNES d’hier et d’aujourd’hui entre impuissance et émergence (B. Badie, professeur des Universités, Sc Po Paris)

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Conférence de Bertrand Badie : Les fractures moyen-orientales (10 mars 2016)

mercredi 22 juin 2016 Bertrand BADIE

Présentation

Retrouvez dans ce petit texte quelques unes des problématiques chères à Bertrand Badie

Monsieur Badie, vous êtes un excellent universitaire qui pour autant ne propose pas une pédagogie de la connivence. Avec cet amphi plein, vous noterez que nous ne sommes plus seuls au monde. Tout au long de votre oeuvre, vous poursuivez la quête des pathologies du système des relations internationales. Par votre présence aujourd’hui, nous savons que le sort des humiliés par manque d’intellect nous sera épargné. Notre doute sur votre venue au Lycée du Parc - un seul instant- nous a presque poussé à tomber dans l’impuissance de la puissance de son équipe de CPEC. Ce retournement du monde a failli nous affecter profondément. Le gladiateur de T. Hobbes et le chercheur E. Durkheim, sont l’un et l’autre les chevaliers de votre pensée : le 1er qui ne permet plus d’expliquer le système des R.I d’aujourd’hui, le 2e qui vous aide à construire une typologie des formes d’humiliation, qui je dois dire, vous ne pratiquez point avec nous. Ni revanche, ni contestation de votre part, ni déviance, ni souverainisme au sens de botter en touche, quand nous vous sollicitons pour revenir nous voir, mais au contraire une amitié durable. Vous avez devant vous une arène d’étudiants (cette richesse incontournables dans ce monde anomique), des jeunes qui forment une société dynamique qui viendra bouleverser « l’assurance cynique » des diplomates. En tout cas M. Badie, les évolutions que vous avez longuement décrites au cours de vos travaux (fin de la gue rre froide, fin de la bipolarité et mondialisation) ne seront jamais pour vous la fin de votre territoire au Lycée du Parc qui vous accueillera toujours avec grand plaisir. L’histoire avec vous ne fait que commencer, la difficulté pour nous étant de maitriser le défi migratoire de nos étudiants qui viennent vous écouter et ceci afin de pouvoir vous recevoir avec grand plaisir. Merci à vous, monsieur Badie, laissons nous porter par les ondes gravitationnelles...
P. L

Conférence

C’est un sujet d’une très grande complexité intellectuelle et scientifique, mais aussi d’une grande douleur sur le plan humain, l’histoire d’un grand échec de notre politique contemporaine. Le Moyen Orient (M.O) est dans une situation de guerre ininterrompue depuis 70 ans, presque une guerre de 100 ans malgré le Droit International, les Nations- Unies etc... Comment plusieurs sociétés du Moyen Orient sont-elles devenues des sociétés guerrières chroniques ?
L’Irak est en guerre depuis 26 ans sous différentes formes, soit une génération. Certains jeunes n’ont jamais connu la paix et ne connaissent pas sa signification.
L’Afghanistan est en guerre depuis 40 ans : plus d’un afghan sur deux n’a jamais connu la paix, une chance statistique de naître et mourir dans la guerre est majoritaire.
C’est un sujet difficile pour les analystes, il n’y a pas d’ouvrages conclusifs sur le sujet, difficile aussi pour les politiques qui se trompent, difficile pour les êtres humains. Les journaux ne rendent pas forcément compte des décisions de sécurité (résolutions de l’ONU

sur la Syrie : 22.54 et 22.53) lorsque que le scandale de la Fifa prévaut. Nous vivons dans un drôle de monde !
Pour essayer de saisir les fractures moyen-orientales, il faut penser au contexte. Nous sommes dans un monde qui est une totalité en soi (I). Nous nous poserons la question de savoir s’il existe un système régional au Moyen Orient (II). Enfin comprendre comment l’alliance du contexte international et régional aboutit à de nouvelles formes de conflictualité (III). Ces formes nouvelles ne sont plus compatibles avec notre représentation et notre culture de la guerre, les recettes que nous connaissons ne sont pas utilisables au Moyen Orient.

CONTEXTE INTERNATIONAL

Le paradoxe du Moyen Orient (M.O) est qu’il a longtemps pratiqué l’hégémonie impériale (empires ou logiques de domination) de façon relativement harmonieuse. D’abord sous domination grecque, puis romaine, puis byzantine, puis abbasside, puis ottomane. Ce sont des séquences impériales qui se sont succédées : il y a eu un ordre durable dans ce M.O, constitué à partir des symboles et attributs impériaux. Un ordre qui nous ramène à la thèse de R. Gilpin autour de l’idée de stabilité hégémonique. Il n’y a pas d’ordre international durable sans un leader bienveillant, la force de l’hégémon est d’apporter la stabilité. Le M.O correspond à ce signalement et a connu des périodes de stabilité grâce aux dominations successives. Lorsque l’empire ottoman s’est écroulé à la suite de la première guerre mondiale, son démantèlement a donné la carte du M.O et des Etats-Nations. Paradoxalement, pour la première fois, la région n’est pas sous une domination unifiée, mais plutôt le contraire. On est amené à parler d’instabilité hégémonique. Les volontés d’hégémonie et de domination deviennent des facteurs de déstabilisation, de fragmentation et fracturation.
B. Obama est le premier a avoir eu la lucidité de revoir à la baisse son intervention dans cette région. Son prédécesseur G.W. Bush, qui a tenté de placer le M.O sous tutelle américaine, fut un premier facteur de déstabilisation. Aujourd’hui est à l’oeuvre un processus de déstabilisation hégémonique : il n’y a plus de pilote dans l’avion, plus de remède à cette fragmentation. Elle devient la règle alors qu’elle était jadis seulement une parenthèse entre les moments de domination, entre deux cycles impériaux.
Le M.O est un foyer de conflictualité mondiale pour des raisons anciennes, un lieu
exceptionnel de proximité de religions, de cultures et civilisations coexistant difficilement (judaïsme et islam, christianisme et islam, christianisme et christianisme). Quelques régions du monde sont des nœuds culturels, ont des identités compétitives, se rapprochent et revendiquent parfois les mêmes espaces pour s’y accomplir (Jérusalem est important pour 3 religions, ville trois fois sainte). Deuxièmement, le conflit israélo-arabe, qui s’est rétréci en conflit israélo-palestinien, reste la mère du conflit au M.O. Il y a quelques conflits racines dans l’histoire de notre système international, et cette région en constitue l’un deux. La période contemporaine est marquée dés le départ par le conflit israélo-arabe qui reste pour beaucoup de dirigeants arabes la mère de toutes les guerres au M.O. Le troisième symptôme de conflictualité est la crise de la mondialisation. Le Moyen Orient, voire plus généralement le monde arabe, est l’espace mondial qui a le plus longtemps résisté à la mondialisation. Ce n’est pas un refus, mais des difficultés objectives pour y participer. La mondialisation s’est construite par étapes, la bipolarité avait gelé les rapports internationaux. Avec la Chute du mur et la fin de la rivalité de la guerre froide, la mondialisation s’accomplit dans la sphère latino-américaine. L’Asie orientale a suivi. 1989 est la fin des dictatures d’Amérique latine qui entre alors dans la mondialisation. Le monde arabe a fait exception. Trois cliquets ont empêché le monde arabe d’entrer dans la mondialisation :

1. Le pétrole. Le M.O est perçu comme réserve du monde, réserve des économies développées puis émergentes. Cette région n’a cessé d’être reléguée dans une posture instrumentale. Au lieu d’être, il « sert à être » pour les autres parties du monde, ce qui revient à retenir à la marge un espace du monde pour le cantonner à sa fonction instrumentale.
2. Les flux migratoires à contenir. Les régimes arabes sont répressifs pour pouvoir plus facilement contenir ces flux. Il faut de plus ne pas mettre en péril la survie d’Israël. Personne ne s’est demandé ce que les révolutions arabes ont fait sur le monde arabe, il reste instrumentalisé. Débat en janvier 2011 à la télévision : les révolutions arabes, est-ce bon pour notre approvisionnement pétrolier ? Bon pour les flux migratoires ? Bon pour Israël ? Personne ne se pose la question de savoir si les révolutions arabes servent au monde arabe. Ces tensions pourtant ne cessent de se reproduire. Les révolutions arabes signifie que le M.O est entré dans la mondialisation par la violence, ne pouvant pas y entrer autrement. Ces révolutions sont extrêmement modernes.

3. A cela s’ajoute un fort jeu de compétition. L’histoire du M.O est ponctuée de cette compétition multiséculaire entre puissances. Fin 18e et 19e , c’était un bras de fer avec l’Angleterre, l’Empire des Indes et la Mer Méditerranée avec la volonté de contenir le seul acteur qui à l’époque pouvait déstabiliser la Pax Britannica (la Russie). Il y avait dans le même temps, une concurrence secondaire entre l’Allemagne et la G.B. L’Empire ottoman s’est tourné vers l’Allemagne parce qu’il est devenu anglophobe. L’implantation progressive de l’Allemagne s’est faite sur cette base. Lorsque l’Allemagne s’effondre avec la première guerre mondiale, les deux vainqueurs (France et Angleterre) reviennent au Proche-Orient. L’Empire ottoman est alors démantelé, la SDN place sous mandats français ou britannique les morceaux de l’empire. Ces décisions donnent naissance aux frontières actuelles, cyniquement négociées entre la France et l’Angleterre sans penser aux acteurs locaux et leurs souhaits (Accords Sykes Picot de 1916). Les Etats du M.O ne sont pas leurs propres produits. Par la suite, la fin de la seconde guerre mondiale, provoque de nouvelles rivalités (E.U.A et URSS). Les Etats se séparent entre clients de l’URSS et des E.U. Le parti Baas succéda à Kassem.
Le parti Baas est un mouvement nationaliste arabe crée par M. Aflak, éduqué chez
les bon pères chrétiens. C’est le premier grand mouvement nationaliste arabe qui a appris de la bouche des bons pères, la théorie occidentale des Etats-Nations. Le parti Baath s’accomplit dans deux pays (Syrie et Irak). Hafez el-Assad (père de Bachar) et Saddam Hussein (Irak) ne s’entendent pas mais sont pro-soviétiques.
Nasser a fait les yeux doux à Washington qui ne s’en est pas occupé. Eisenhower lui a refusé des prêts d’argent. En désespoir de cause, il s’est tourné vers l’URSS. Les monarchies traditionnelles (iranienne, saoudienne..) sont proches des E.U. Deux puissances qui vont se concurrencer au niveau idéologique au départ, indépendamment du conflit israélo-arabe. Les E.U n’ont pas toujours été favorables à Israël, et l’URSS pas toujours contre. Staline avait de bonnes relations avec Israël. On voit qu’il y a de nombreux facteurs de déstabilisation. La fin de la bipolarisation a produit un effet inattendu, celui d’un regain d’autonomie des acteurs régionaux. Ils doivent « trouver un autre patron ou se débrouiller eux-même ». Ils ne sont plus encadrés et se livrent à un jeu autonome. Aujourd’hui les E.U d’ Amérique ou la Russie de Poutine ne peuvent pas régler le conflit syrien seuls, les Etats du
M.O ont pris une grosse autonomie et mènent le jeu sans patron.
Nous sommes entrés dans une séquence internationale ou ce n’est plus la puissance qui structure le contexte international comme pendant la guerre froide mais l’impuissance structure le jeu. Forme d’émancipation ou d’anarchie quasiment incontrôlable. Fin du temps des diplomates occidentaux qui réglaient tout. Aujourd’hui les acteurs sociaux ont pris de l’importance. Daesh ne figure jamais dans les négociations, alors qu’il fait partie des principaux acteurs. On ne sait qui sortira vainqueur, mais celui ci aura ensuite à faire face au djihadisme organisé. Le jeu international se retourne pour augmenter les fractures du M.O.

COMPRENDRE LE SYSTEME REGIONAL : UNE REALI TE

Un système régional est système dont on postule qu’il a un minimum d’autonomie et d’interdépendance. Il n’y a ni un système moyen-oriental, ni un système arabe que les néo-conservateurs appelaient Greater Middle-East. C’est un système élargi avec dans l’ensemble des puissances non arabes qui comptent (Turquie, Iran, Israël). Pour comprendre « le système moyen-oriental », il faut avoir en tête 4 paramètres importants.

1. Idéologique. Le M.O n’a pas de modèle mais 3 types de modèles.
Un premier courant traditionnaliste repose essentiellement sur le statut quo. Les difficultés de sa légitimité traditionnelle conduisent à son effondrement avec le changement. Il est non adaptable et produit une surenchère conservatrice.

2e. L’essor du nationalisme (baathisme, nassérisme, FLN algérien) comme deuxième courant est porté par les indépendances. Un nationalisme appris en occident qui visait à affirmer l’indépendance des nouveaux Etats. Or, lorsqu’une idéologie révolutionnaire a achevé sa révolution, elle est promise à la décomposition. Il y a donc perte de consistance du nationalisme mobilisateur au départ, mais qui pour survivre doit devenir de plus en plus autoritaire. Il y a donc effondrement de ces deux modèles de structuration de la pensée arabe, ce qui cause un troisième courant. Il se distingue du nationalisme appris à l’école occidentale et du traditionalisme. C’est la montée en force de l’islamisme (tentative de doctrine politique à partir d’une religion). 1928 : naissance des Frères Musulmans en Egypte. Le djihadisme n’est que l’incarnation ultra-minoritaire et circonstancielle de l’islamisme. Son but : d’abord combattre les régimes impies (qui ne respectent pas les lois de Dieu). Un équilibre instable qui prend du sens en géopolitique : tension à trois entre conservateurs (A. Saoudite), régimes nationalistes et le troisième acteur islamo-djihadiste. Le chiisme n’est pas à mentionner, car il est surévalué.
Syrie, Irak, Jordanie puis Palestine se construisent comme des Etats. Ces régimes sont frappés d’un déficit de légitimité qui va concentrer l’essentiel des stratégies de mobilisation politique. Les systèmes politiques autocratiques sont incapables de se réformer.
Les conflits dérivent tous de ces systèmes politiques incapables de réformes. Incapacité par exemple à reconstruire un état irakien qui rassemble les kurdes, les chiites et sunnites.

3. La lutte pour l’hégémonie régionale. Si autrefois l’empire était en position hégémonique, plus tard avec le bipolarisme on n’avait plus de fonction régionale d’hégémonie. A partir de 1990 on se demande qu’elle va être la puissance régionale. C’est une nouvelle interrogation qui émerge en fracturant un peu plus le M.O. Il y a des « candidats naturels » : Damas et Bagdad, deux anciens califats. L’Iran et la Turquie se manifestent également. Et dans le monde arabe, seul l’Arabie saoudite peut s’imposer.

4. La montée des sociétés. Quand les Etats n’existent plus, les sociétés peuvent « s’exprimer ». Pour la 1e fois depuis 1945, le paramètre n’est plus interétatique mais social. C’est l’apparition du facteur kurde, chrétien, chiite. Cette évolution enrichit la conflictualité. Si l’essentiel de la violence reste dans bien des cas produit par les Etats, elle est aussi produite par des « entrepreneurs de violence ». Daesh est une organisation qui vient recueillir les demandes sociales de violence et les canalise à son profit. D’où une nouvelle difficulté, car si l’on sait négocier avec un Etat, ce n’est pas le cas avec les entrepreneurs de violence. S’ils négociaient, la guerre pourrait s’arrêter, mais ils n’existeraient plus alors en tant que tels. Ils n’ont pas intérêt à ce que la guerre cesse. Mais aujourd’hui, les imaginaires de chaque individu se mondialisent. Autrefois, le chagrin et les souffrances étaient transposés dans un imaginaire local. Aujourd’hui, face à la souffrance ou l’humiliation, il s’accomplit au niveau mondial. Dans l’imaginaire du sunnite exclu du gouvernement irakien, l’Occident est le responsable caricaturé. On a ensuite un écho auprès des individus rejetés dans les banlieues qui se trouvent une solidarité avec ces conflits (les populations sous les bombes).

NOUVELLE FORME DE CONFLICTUALI TE

La guerre telle que nous la connaissons et l’avons conceptualisée (interétatique) est ultra-marginalisée (5 % de la conflictualité). L’Europe n’est plus le champ de bataille du monde. La nouvelle conflictualité se loge au Sahel, dans la Corne de l’Afrique et le Grand M.O. L’erreur capitale des acteurs occidentaux est de croire que l’on peut gérer les conflits des autres comme on savait autrefois gérer les nôtres. Peut-on s’approprier les conflits des autres ? On peut faire la guerre sur son sol avec des enjeux que l’on a déterminé, mais sur un autre sol, c’est la négligence des acteurs qui produit cette conflictualité. Autrefois, le puissant parlait au puissant. L’Etat avait tout à dire et le « canon avait sa fonction ». Maintenant, ce n’est plus la puissance qui est un facteur de guerre mais la faiblesse. On n’a pas su prendre ce tournant correctement. Les trois facteurs de nouvelle conflictualité sont des facteurs de faiblesse (incapacité des Etats et des Institutions, faiblesse de la Nation et du contrat social avec absence d’identité nationale, faiblesse socio- économique).
La conflictualité actuelle ne ressemble en rien à nos guerres mondiales. Plus on utilise notre canon occidental contre Daesh et plus on le renforce. La mise en scène des actes de décapitation « ont forcé » les E.U à entrer dans le conflit, maintenant on ne détruit plus les monuments et on ne décapite plus. Il fallait provoquer. Les dirigeants traitent cette conflictualité à contre courant et la renforcent. Ils veulent abusivement considérer que cette culture de la guerre, ressemble à notre culture de la guerre. L’Arabie Saoudite est amie de l’Occident, lui-même est ennemi de Daesh qui a des relations convenables avec l’Arabie Saoudite, ça ne colle pas ! La ligne simple ami/ennemi classique pour nous est brouillée. On ne bat pas Daesh comme on se battait à Verdun. Les acteurs sont des milices qui germent sur la misère sociale. Il y a un million d’enfants soldats dans le monde.
Face à cette conflictualité, le canon ne sert plus à rien, une autre approche de
l’international est nécessaire. Le traitement social aura raison du conflit, pas le traitement militaire. Les conflits se déterritorialisent, il faut avoir un autre regard, une autre lecture. « Il faut enfin avoir conscience que nous ne sommes plus seuls au monde... ». B. Badie

D’après les notes de Floriane Gouyer, Gabriel Burgonse et Imane Moussaid (élèves de CPEC) relues par P. Lallemant

LA CONFERENCE A ETE SUIVI D’UN DIALOGUE A TROIS VOIX AINSI QU’AVEC LA SALLE

Enregistrement de la conférence du 10 mars 2016




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Mots-clés

puissance
Moyen-Orient

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